Chirurgie du pancréas

La chirurgie consiste à retirer la partie du pancréas sur laquelle la tumeur s’est développée. On parle de duodénopancréatectomie céphalique (DPC) pour une intervention sur la tête du pancréas ou de splénopancréatectomie gauche pour une opération sur la queue du pancréas. Une partie de l’intestin, de l’estomac, la vésicule biliaire et la rate peuvent également être enlevées pendant l’intervention pour éviter que des cellules cancéreuses se développent sur ces organes.

Dans quels cas la chirurgie est-elle indiquée ?

La chirurgie du pancréas est une intervention lourde qui ne peut être effectuée pour tous les patients. Le développement du cancer et votre état de santé sont les critères qui déterminent si l’opération est le traitement indiqué.

• Lorsque la tumeur s’est développée vers des gros vaisseaux sanguins à proximité du pancréas, l’opération n’est pas envisageable car en essayant de retirer la totalité de la tumeur, le risque d’endommager un vaisseau et de provoquer une hémorragie est trop importante.
• Lorsque des ganglions situés à distance du pancréas sont envahis par des cellules cancéreuses ou lorsqu’existent des métastases, la chirurgie n’est pas un traitement adapté.
• Lorsqu’un problème de santé important est présent comme par exemple une maladie du cœur, des poumons, des reins ou une cirrhose du foie, la chirurgie peut être contre-indiquée.

Lorsqu’une intervention chirurgicale n’est pas possible, une chimiothérapie ou une radiochimiothérapie peuvent être programmées.

Comment se préparer à l’intervention ?

Deux consultations sont programmées quelques jours avant l’intervention.

La consultation avec le chirurgien

Le chirurgien vous explique les objectifs de l’opération, la technique qu’il va utiliser, les suites et les complications possibles. Cette consultation est l’occasion de poser toutes les questions que vous avez au sujet de l’intervention.
Lors de cette consultation, le chirurgien peut vous demander de signer un consentement.

La consultation avec l’anesthésiste

L’intervention est réalisée sous anesthésie générale. La consultation avec l’anesthésiste permet d’évaluer les risques liés à l’anesthésie, en prenant en compte vos antécédents médicaux et chirurgicaux.
Il est important de signaler tout problème de santé, notamment les allergies (rhume des foins, allergies aux médicaments, etc.), les problèmes respiratoires (asthme, bronchite chronique), les problèmes cardiaques (hypertension par exemple), les problèmes de coagulation liés à une maladie ou à une prise régulière de médicaments (aspirine, anticoagulants), ainsi que votre consommation d’alcool et de tabac.
Il est prouvé que l’arrêt du tabac quelques semaines avant une intervention réduit les complications postopératoires.

Les compléments nutritionnels

Avant l’opération, des compléments nutritionnels peuvent vous être prescrits. Ils ont pour objectifs de vous apporter des éléments dont le corps a besoin (vitamines, sels minéraux, protéines, etc.) et contribuent à votre rétablissement après l’opération.

Comment se déroule l’intervention ?

L’ouverture de l’abdomen, appelée laparotomie, est la voie d’abord indiquée pour un cancer du pancréas. Le chirurgien effectue une incision horizontale sous les côtes pour pouvoir intervenir sur le pancréas et sur les organes à proximité. La chirurgie du pancréas peut durer de 5 à 6 heures. Deux types d’interventions sont possibles : la duodénopancréatectomie céphalique (ou DPC) et la splénopancréatectomie.

La duodénopancréatectomie céphalique (ou DPC)

Une duodénopancréatectomie céphalique (DPC) consiste à enlever la tête du pancréas. Cette opération se déroule en deux temps. Le chirurgien enlève d’abord la tête du pancréas et les parties d’organes voisins sur lesquels des cellules cancéreuses ont pu se développer. Dans un second temps, il relie les différents organes sur lesquels il est intervenu, estomac, intestin, foie et pancréas, pour rétablir la continuité du tube digestif (voir illustration ci-dessous).

L’ablation de la tête du pancréas
La tête du pancréas est reliée au début de l’intestin, le duodénum. Elle ne peut pas être enlevée sans qu’une partie de l’intestin soit également retirée.

Comme les cellules cancéreuses peuvent se propager à la vésicule biliaire, au canal cholédoque et à une région de l’estomac située à proximité, ces différentes parties d’organes sont également retirées.

Rétablir la continuité du tube digestif

Le chirurgien effectue une série de gestes pendant l’intervention pour rétablir la continuité du tube digestif. Les différents organes du système digestif sont reliés entre eux et leur communication est rétablie, suturés au moyen de trois jonctions ; on parle aussi d’anastomose.

• La partie du pancréas qui n’est pas retirée par le chirurgien est raccordée à l’estomac ou à l’intestin. Le chirurgien introduit un petit tube dans le pancréas qui sert de canal artificiel dans lequel s’écoulent les enzymes pancréatiques qui seront ainsi acheminées jusque dans le tube digestif.
• Les voies biliaires sont raccordées à l’intestin. La vésicule biliaire est retirée pendant l’intervention, de même qu’une partie du canal cholédoque. La partie restante de ce canal est attachée à l’intestin pour permettre à la bile de s’écouler normalement du foie vers l’intestin.
• L’estomac est raccordé à l’intestin. Le duodénum situé à la sortie de l’estomac est la première partie de l’intestin. Lorsque le duodénum est retiré, il est alors nécessaire de raccorder l’estomac à l’intestin pour permettre le passage des aliments lors de la digestion.

La splénopancréatectomie gauche

La splénopancréatectomie gauche consiste à enlever la queue du pancréas lorsque la tumeur s’est développée dans cette partie de l’organe, à gauche de l’abdomen.
La queue du pancréas est au voisinage immédiat d’un autre organe, la rate. La rate n’est pas un organe vital ; elle est donc totalement retirée en même temps que la tumeur pour éviter que des cellules cancéreuses provenant du pancréas s’y développent.

Une fois l’intervention terminée, vous êtes amené en salle de réveil où l’équipe médicale assure votre surveillance.

A votre réveil de l’anesthésie, l’équipe médicale met en place un suivi adapté pour prévenir et traiter d’éventuelles complications.

Le suivi après l’opération

Comme après toute intervention chirurgicale, des douleurs sont fréquentes dans la zone opérée. Elles sont systématiquement traitées, généralement par de la morphine ou l’un de ses dérivés. Si vous n’êtes pas suffisamment soulagé, signalez-le à l’équipe médicale afin que le traitement puisse être adapté.
Plusieurs dispositifs ont été mis en place pendant l’intervention pour faciliter le suivi de l’opération et votre rétablissement : une sonde nasogastrique, une sonde urinaire et des drains.

La sonde nasogastrique, tuyau qui passe par le nez, l’œsophage et rejoint l’estomac, évacue les sécrétions de l’estomac pour éviter les vomissements. Elle est le plus souvent retirée à votre réveil ou le lendemain de l’opération. Rapidement, une alimentation liquide, puis solide, vous est proposée.

La sonde urinaire sert à recueillir les urines et à mesurer leurs volumes pour mieux contrôler le fonctionnement des reins. Elle est retirée quelques jours après l’intervention.

Les drains, tuyaux souples et fins, permettent d’évacuer les liquides et les sécrétions (sécrétions du pancréas, sang, lymphe, bile) qui peuvent s’accumuler dans l’abdomen. Ils sont placés à travers la peau sous les côtes, à droite et à gauche de l’abdomen. Ces drains ne sont pas douloureux et sont retirés sur décision du chirurgien, le plus souvent quelques jours après l’intervention.

Enfin, pour éviter une phlébite, un médicament anticoagulant vous est prescrit. Les médecins vous demanderont également de vous lever assez rapidement après l’intervention. Le port de bas de contention est fréquemment préconisé dès l’opération.
Durant les premiers jours d’hospitalisation, de nombreux examens sont programmés pour suivre l’évolution de votre état et le bon fonctionnement du système digestif.

Les analyses de la tumeur

L’ensemble de ce qui a été retiré lors de l’intervention chirurgicale est transmis au laboratoire, au service d’anatomopathologie, pour être analysé. Cet examen est réalisé par un médecin spécialiste, le pathologiste.

L’examen consiste à observer minutieusement, à l’œil nu puis au microscope, les tissus prélevés pour :
• confirmer le diagnostic de cancer et décrire le type de tumeur prélevée,
• déterminer jusqu’où les cellules cancéreuses se sont propagées,
• vérifier si les bords du tissu qui entoure la tumeur (marges de résection) sont sains, c’est-à-dire qu’ils ne contiennent pas de cellules cancéreuses, ce qui indique que la tumeur a bien été enlevée en totalité.

Dans certains cas, une partie des analyses est réalisée pendant l’opération. Le chirurgien peut alors, si les résultats de l’examen le rendent nécessaire, retirer davantage de tissus. On parle aussi d’examen extemporané.

La durée d’hospitalisation

L’hospitalisation dure habituellement de 2 à 3 semaines. Elle varie en fonction de l’intervention pratiquée, de complications éventuelles et de votre état de santé général. En cas de complications, l’hospitalisation peut être prolongée.

Les complications de la chirurgie du pancréas

Prendre en charge une fistule. Lorsqu’une jonction réalisée entre deux organes n’est pas étanche, on parle de fistule. Elle peut entraîner une fuite de liquide digestif ; des sécrétions du pancréas, de l’estomac ou du foie se retrouvent alors dans l’abdomen. Cet écoulement provoque des douleurs et de la fièvre. Le plus souvent, cette complication se résout d’elle-même en quelques jours. Lorsqu’elle persiste dans le temps, une autre intervention est programmée pour la traiter.

Une infection liée à une immunodépression. La rate joue un rôle dans le système de défense de l’organisme. Lorsqu’elle est retirée, le risque d’une infection par un virus ou une bactérie est augmenté. Ce risque est prévenu, après l’intervention, par la prise de médicaments antibiotiques, prescrits par votre médecin. Une vaccination contre les infections les plus à risque est également effectuée.

Un ralentissement de la digestion, la gastroparésie. Lorsqu’une partie de l’estomac est retirée, le passage des aliments avalés de l’estomac à l’intestin se fait plus difficilement. Cet effet est fréquent. Il provoque une sensation de « trop plein », des ballonnements et coupe rapidement l’appétit. Des médicaments prescrits par votre médecin, des prokinétiques, aident à accélérer le transit digestif.

Des selles grasses. La partie du pancréas restante après l’opération est parfois trop petite pour fabriquer suffisamment d’enzymes nécessaires à la digestion. Les graisses contenues dans les aliments ingérés ne sont alors plus digérées correctement. Elles circulent dans le tube digestif sans être dégradées et ne sont pas absorbées, ce qui entraîne des selles grasses ou stéatorrhée. La prise d’extraits pancréatiques aide à assurer une digestion satisfaisante et à faire disparaître la stéatorrhée.

Un diabète. Le diabète est un dysfonctionnement de la régulation du glucose dans le sang qui peut avoir des conséquences sur la santé. Cette complication est rare et concerne plus particulièrement les interventions sur la queue ou le corps du pancréas. La survenue d’un diabète est particulièrement surveillée après l’opération. S’il apparaît, il est généralement contrôlé en prenant de l’insuline.

L’opération a des conséquences sur votre alimentation au quotidien. N’hésitez pas à discuter avec votre médecin des difficultés que vous rencontrez. Une consultation avec un diététicien peut être programmée.

Les extraits pancréatiques

Les extraits pancréatiques sont prescrits par votre médecin traitant avec une posologie adaptée à votre situation. Avalées au moment des repas, les enzymes sont libérées dans le tube digestif et participent à la digestion des aliments, remplaçant ainsi en grande partie l’action du pancréas.
La prise de ces extraits se fait sur le long terme et les effets secondaires sont très rares.

Infos pratiques
Institut de Chirurgie Viscérale
11, rue Silbermann 67000 Strasbourg
Tél : 03 88 60 40 80
Fax : 03 88 45 00 28
Ouvert du lundi au vendredi
de 8h30 à 12h00
et de 14h00 à 18h00
URGENCES - Nuit & Week-end
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Clinique de l'Orangerie
29, allée de la Roberstau
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